La voix de l'inconscient
Olivier Perrot

Préface rédigée par Olivier Perrot

Président de l'Association Française de Nouvelle Hypnose (AFNH) et directeur du journal francophone d’hypnose PHOENIX

Jean-Emmanuel Combe est un jeune homme qui s'est passionné pour l'hypnose, comme d'autres avant lui. Et comme d'autres avant lui, il lui a fallu trouver des cobayes pour s'entraîner.  Et c'est là que sa démarche devient originale. Il décide de s'entraîner dans la rue en abordant des inconnus. Cette démarche suppose un certain culot, et ce faisant il initie en France la "Street Hypnose" : l'hypnose de rue. Un mouvement présent depuis des années dans le monde anglophone, mais comme d'habitude, la France accuse un temps de retard. Cette hypnose s'inspire de l'hypnose classique, celle que les hypnotiseurs de spectacle utilisent. Elle démarre elle aussi par des tests de suggestibilité, puis enchaîne des phénomènes hypnotiques. Comme beaucoup de passionnés Jean-Emmanuel partage ensuite sa passion au travers de son blog  "street-hypnose.fr" et propose une première version en téléchargement gratuit d'un petit eBook précurseur de ce livre. Il a été téléchargé plus de 8000 fois, attestant d'une large audience.

Je dirige une école d'hypnose réservée aux professionnels de santé. À ce titre je dois amener les élèves à prendre confiance en eux et à oser se lancer dans la pratique. L'hypnose est une technique puissante et impressionnante, qui peut effrayer ceux qui auront peur de faire mal. Un peu à l'image du chirurgien débutant qui manipule un scalpel affûté et n'a pas le droit de déraper. Premièrement ne pas nuire, nous instruit le serment d'Hippocrate, cher aux médecins. Or si on laisse la peur diriger notre vie, on ne fait plus rien. Le seul moyen de ne jamais se tromper, c'est de ne rien faire. Il faut oser, et Jean-Emmanuel ainsi que tous les hypnotiseurs de rue, osent justement. Je me suis donc demandé ce qu'ils avaient à nous apporter.

Il existe une autre difficulté : le grand public connaît essentiellement l'hypnose de spectacle. Les patients s'attendent à dormir et à être inconscient. Cela met d'autant plus la pression à l'hypnothérapeute débutant. Certains croient trouver la solution en n'annonçant pas, en n'affichant pas, la pratique de l'hypnose. Voire carrément en préférant dire qu'il s'agit de relaxation. Or ce que l'on croit gagner d'un côté on le perd de l'autre. En effet si l'on parle de relaxation au lieu d'hypnose on se prive des attentes fortes que véhicule culturellement ce concept. Et on a moins de résultats. On en arrive à ce que j'appelle la "calinothérapie", c'est-à-dire de la relaxation sur laquelle on plaque une métaphore... Mais relaxation plus métaphore ça ne fait pas l'hypnose. Là encore il faut prendre confiance et oser. A nouveau, Jean-Emmanuel et ses disciples se promènent avec une pancarte annonçant clairement la couleur : séance d'hypnose gratuite... Il fallait oser.

Jean-Emmanuel par sa pratique décrite dans ce livre apporte des réponses. La principale est qu'il réhabilite le droit à l'échec. Jean-Emmanuel nous montre l'attitude à adopter afin de ne pas se décourager, de rebondir positivement sans cesse. Comme Erickson, il s'adapte au sujet et propose une hypnose utilisationnelle. Il n'y a pas d'échec, simplement parfois vous réussissez, parfois vous progressez. Cette attitude permet de prendre confiance en soi et de développer sa capacité à oser. C'est primordial. Et il faut aussi savoir adopter la position basse en hypnose, afficher la confiance, éviter la timidité pour permettre au patient d'accéder plus rapidement à la transe. De plus cette pratique dans la rue rejoint l'hypnose tout-terrain que j'enseigne. Il faut savoir travailler dans le bruit car l'hypnose trouve sa place aux urgences également, et pas seulement dans les cabinets feutrés et silencieux du psychologue.

Son autre apport est d'apprendre à travailler vite. À sa façon il apporte sa pierre aux inductions rapides, et mieux, nous montre à quel point on peut utiliser directement des processus hypnotiques comme l'analgésie, sans aucune induction. Ceci éclaire les nano-inductions d'un Gaston Brosseau. Jean-Emmanuel propose des procédures pour enchaîner avec succès les phénomènes hypnotiques dans une progression intelligente. C'est ce besoin pour les urgentistes et dentistes d'économiser de longues inductions qui m'a amené à redécouvrir les inductions rapides. J'ai pour cela revisité l'hypnose de spectacle, les inductions instantanées et les transes profondes.

Et justement Jean-Emmanuel apporte dans la façon de dépasser des résistances, et là encore il met un coup d'accélérateur à l'hypnose. Toute hétéro hypnose (hypnose à deux), est avant tout une auto hypnose. C'est-à-dire que c'est le sujet qui apprend à aller en hypnose. L'hypnotiseur est une sorte de professeur qui vous montre le chemin comme le moniteur d'auto-école. Jean-Emmanuel l'a très bien compris et est un excellent professeur pour ses volontaires. Il sait à merveille expliquer au volontaire que rien n'est possible sans son consentement, que nous avons besoin de son aide, de sa bonne volonté pour avancer. Erickson lui-même disait à ses patients : "aidez-moi à vous aider..."

Pour toutes ces raisons, je lui ai proposé de participer à une de nos formations. Les professionnels de santé ont apprécié son apport. Il l'a fait très sérieusement et a montré comment, même ceux qui ne sont pas censés être suggestibles au premier abord peuvent accéder rapidement à l'analgésie grâce à un apprentissage accéléré et adapté du lâcher-prise. Il a donné ainsi la preuve de sa compétence.

Au risque de paraître critique, voire alarmiste, je voudrais aussi dans cette préface rappeler à tous la nécessaire prudence à utiliser la puissance de l'hypnose. Il existe des contre-indications à la pratique de l'hypnose comme la psychose. Hypnotiser un psychotique peut être dangereux pour lui et le faire basculer dans une poussée délirante. L'inconvénient est que le psychotique ne porte pas une étiquette sur le front. La majorité des médecins pensent que l'enseignement de l'hypnose doit être réservé aux seuls professionnels de santé. Ce livre est parfaitement documenté, très complet et il met l'hypnose à la portée de tous.

On pourrait se demander : l’hypnose à la portée de tous, est-ce finalement une bonne chose ? Quoi qu'il en soit, le premier venu peut aujourd'hui apprendre l'hypnose par le biais des vidéos sur Internet par exemple. On ne l'empêchera pas sauf à légiférer, ce qui n'est pas d'actualité. Alors si l'hypnose est vraiment à la portée de  tous, jusque dans les cours de lycée, autant essayer de recadrer au mieux et canaliser afin d'éviter les imprudences. Ayez comme Jean-Emmanuel vous l'enseigne un profond respect de la personne, une éthique et une prudence nécessaire.

Enfin je terminerai par un clin d'œil. Depuis maintenant 9 ans j'anime des formations à Paris et à... Toulouse. J'y ai formé près de 200 stagiaires. Et c'est un sentiment particulier que de voir que c'est sur les rives de la Garonne que la "Street Hypnose" a pris son envol.

Olivier Perrot

Psychologue clinicien

Président de l'Association Française de Nouvelle Hypnose (AFNH)

Directeur du journal francophone d'hypnose PHOENIX

http://www.hypnoses.org - drperrot@orange.fr